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[Nouvelle] Deux paires pour le prix d'une

 
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Enitu
Les déménageurs de l'extrême


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MessagePosté le: Lun 24 Juin - 00:02 (2013)    Sujet du message: [Nouvelle] Deux paires pour le prix d'une Répondre en citant

Deux paires pour le prix d’une



Vous est-il déjà arrivé de rencontrer ou même plutôt devrais-je dire d’écouter l’improbable ? Je me doute de votre réponse et plutôt que de l’écouter quelle qu’elle soit, je vais vous conter ce qui m’est arrivé. Pas que ce soit plus intéressant que ce que vous-même pourriez me dire mais plutôt parce que j’aime parler. En effet, je fais partie de cette catégorie de personne qui aime enchaîner les mots et les phrases sans même laisser le temps à mes interlocuteurs de placer le moindre son. J’aime remplir les silences. J’aime m’écouter. J’aime parler pour parler. C’est voyez-vous comme un lacet. On tire et par effet de défilement, tout vient. L’histoire, les anecdotes, les intrigues, les rebondissements … la chute. Et quelle chute !

Mais voilà que j’anticipe la fin de cette histoire. C’est une manie chez moi de à faire l’histoire avant l’histoire. Une habitude que je me devrais de changer si toutefois j’y arrive. Enfin … Tant que je ne saute pas les étapes – à pas de géant j’ai envie de dire, tout va bien. Alors … l’histoire oui. Par où commencer ? Par le commencement peut-être, cela me semblerait judicieux. L’instant donc où tout a littéralement dérapé.

Quand vous lacez votre chaussure droite, part habitude ou même par manie, avez-vous le réflexe sinon la force de commencer par son opposé, c’est-à-dire la gauche ?

Ceci est un prélude à cette histoire mais déjà, vous pouvez voir assurément la complexité de la tâche qui s’annonce. Commencer par la chaussure inverse … Ou autrement dit, finir par la chaussure initiale ! Quel casse-tête ! Il faut modifier un ordre préalablement établi pour en créer un autre. Un autre qui de toute évidence ne peut être que biaisé car non toléré. Et dans ce refus de l’alternative, il faut et il n’y a pas à en douter une seule seconde faire le sacrifice du désir de vérité. Cela m’est, pour ne rien vous cacher, pénible et même me risquerai-je à dire, insupportable. La gauche qui précède la droite. La droite qui suit la gauche. C’est insensé ! Pourquoi diable la gauche viendrait-elle en première si on a l’habitude de commencer par la droite ! Quand on a toujours commencé par un côté, il est la moindre des choses de s’y tenir. C’est une question de fidélité. Et il en va donc par conséquent que je suis fidèle à mes chaussures.

Je les lace toujours dans le même ordre. Et je dois dire qu’elles me le rendent bien. Aussitôt chaussé, aussitôt lassé ! Je suis prêt à partir en un rien de temps ! Respecter l’ordre établi a du bon et s’en écarter, à l’inverse ne peut être que fatal dans les conséquences qui s’en suivent. Pour vous illustrer la menace, je ne peux que faire état de la réalité, de ma réalité. J’ai essayé, j’ai peiné, j’ai pris plus de temps qu’à l’accoutumé. Et retardé, frustré, peiné et pestant, je n’ai pu que m’en prendre à moi-même. Je me suis mis alors à parcourir les mille lieues chaussé de mes souliers lacés. Et titubant dans ma course effrénée pour combler le temps qui me séparait de l’heure entendue, je me suis mis à trébucher. Je suis tombé, de tout mon être sur le sol pavé. Et comme cela fait un mal de chien, je me suis mis en colère. J’ai tapé sur le sol comme pourrait le faire un enfant qui fait un caprice. Et enchaînant les coups de pompes sur le sol, l’une d’elle s’est alors fatalement délassée.

Je n’en croyais pas mes yeux. Moi qui la laçais toujours en première, qui prenais bien soin d’elle, qui l’entretenais même, la voilà qui se défilait devant moi. Etait-elle lassée ? Il faut le croire sinon pourquoi ce serait-elle délaissée de moi en trouvant meilleur pied que le mien ?

Après coup, quand j’y repense je me dis que ce coup du sort m’était destiné. Fatalement destiné. Je n’avais pas respecté notre serment. Le fil rouge du destin s’était rompu. Et pourtant …

Nous nous étions promis l’un à l’autre. Je m’en souviens, c’était dans cet édifice baigné de lumière et rempli de monde où chacun convoitait plus ou moins secrètement une paire bien formée. Et d’ailleurs peu importe quelle paire, ça n’avait pas d’importance du moment qu’ils ressortaient avec une promesse de longévité dans leur bagage. Notre rencontre et union avait été mémorable. Elle était là, en bas, et moi juste au-dessus. Je l’ai regardé. Elle ne savait pas que je la mirai, elle et son beau vernis. Et c’est alors que s’approchant d’elle, je me suis penché. J’ai tendu le bras et la saisissant, l’ai possédée. Elle n’a pas résisté et au contraire, s’est lové contre moi. A ce moment-là, nous savions que nous étions faits l’un pour l’autre. Il n’a pas fallu alors longtemps pour que notre union soit officielle, le bâtiment s’y prêtant … Dès lors, unis par des liens sacrés, nous étions inséparables, allant de paire en toute circonstance. Osant le pas, allant de l’avant sur les sentiers de la vie, nous restions soudé côte à côte, souvent l’un dans l’autre, ne faisant alors plus qu’un. Mais voilà … j’avais changé mes habitudes. J’avais commencé par la chaussure inverse. Une très belle marque en soi : la semelle avait de belles formes et s’essayait à épouser mon pied. Toutefois je ne pouvais mettre les pieds dans le plat et dévoiler toute ma voûte plantaire. Il y a de ces choses qu’on veut garder pour soi. Et c’est pourquoi ces derniers temps, je marchais à côté de mes pompes. Ce qui a sans doute provoqué mon dérapage, la fameuse chute …

Aujourd’hui, on peut dire que j’ai un clou dans ma chaussure. J’en ai vécu des choses ! Et pas du même acabit, je peux vous l’affirmer. Voulant trouver une autre chaussure à mon pied à la suite de ma rupture, j’ai entrepris d’opter pour une méthode radicale. S’il n’y avait pas de concordance de pointure, je les forcerai à accepter ! J’y suis donc allé au chausse-pied espérant par ce moyen de recoller à mes pompes, de me remettre dans le bain. Hélas … Je n’ai rencontré que des sabots qui essayaient de me mettre à leur botte. Bien entendu je les ai vus venir et en conséquence, j’ai refusé. Et puis la vie a passé, les années se sont écoulées … Mal dans mes baskets, j’ai déménagé. Je vis à présent dans un petit appart en banlieue.

Bien évidemment je n’ai jamais plus réussi à trouver une chaussure à mon pied depuis lors. Et c’est les pieds à l’air libre, en éventail même que je vous raconte à présent ma vie passée. Une vie assurément improbable mais tellement réelle que je la raconte tout le temps, en tous lieux. Je vous l’ai déjà dit, j’aime parler pour parler. J’aime enchaîner les mots et les phrases, faire des monologues à n’en plus finir. Cela m’aide à supporter la solitude. De cet appartement déjà, de la vie ensuite et puis surtout … de mon cœur.
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MessagePosté le: Lun 24 Juin - 00:02 (2013)    Sujet du message: Publicité

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Argo'
Le chat noir


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MessagePosté le: Lun 1 Juil - 00:12 (2013)    Sujet du message: En fait tu n'auras pas de mp Répondre en citant

C'est intéressant comme histoire que tu me racontes là car moi bien que le côté absurde évident de ton histoire, je vois clairement la métaphore d'un homme, de ses relations, de SA relation et le peine que la rupture a engendrée le laissant avec sa solitude.

J'ai trouvé cette nouvelle vraiment sympa avec mon interprétation et mon vécu derrière, elle me parle d'un certain point de vue. C'est bien construit, on prends plaisir à lire ce texte en plus avec les jeux de mots on sourit
J'ai lu ta nouvelle assez vite dans le sens ou le personnage est quelqu'un qui parle beaucoup et vite car il fait "partie de cette catégorie de personne qui aime enchaîner les mots et les phrases sans même laisser le temps à mes interlocuteurs de placer le moindre son." Donc pour moi, il parle vite et c'est à son image que j'ai voulu lire cela, pour m'identifier à lui et son amour des "chaussures"

C'est parce que j'ai trouvé cette métaphore très forte que je t'ai demandé d'ou elle venait si c'était un vécu, que tu connaissais quelqu'un dans cette situation ou autre.

Enfin bref, j'ai aimé^^
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celeglin
Darth


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MessagePosté le: Lun 1 Juil - 14:35 (2013)    Sujet du message: [Nouvelle] Deux paires pour le prix d'une Répondre en citant

J'ai bien aimé ta fic Enitu. Une histoire absurde, dans le genre absurde.
Le style est vraiment, comme d'habitude, fluide, dynamique. Et on se trouve porté en un temps record à la dernière ligne du texte.

Mais j'ai envie de faire un petit reproche, parce que c'est cool les reproches.


Citation:
Nous nous étions promis l’un à l’autre. Je m’en souviens, c’était dans cet édifice baigné de lumière et rempli de monde où chacun convoitait plus ou moins secrètement une paire bien formée. Et d’ailleurs peu importe quelle paire, ça n’avait pas d’importance du moment qu’ils ressortaient avec une promesse de longévité dans leur bagage. Notre rencontre et union avait été mémorable. Elle était là, en bas, et moi juste au-dessus. Je l’ai regardé. Elle ne savait pas que je la mirai, elle et son beau vernis. Et c’est alors que s’approchant d’elle, je me suis penché. J’ai tendu le bras et la saisissant, l’ai possédée. Elle n’a pas résisté et au contraire, s’est lové contre moi. A ce moment-là, nous savions que nous étions faits l’un pour l’autre. Il n’a pas fallu alors longtemps pour que notre union soit officielle, le bâtiment s’y prêtant … Dès lors, unis par des liens sacrés, nous étions inséparables, allant de paire en toute circonstance. Osant le pas, allant de l’avant sur les sentiers de la vie, nous restions soudé côte à côte, souvent l’un dans l’autre, ne faisant alors plus qu’un. Mais voilà … j’avais changé mes habitudes. J’avais commencé par la chaussure inverse. Une très belle marque en soi : la semelle avait de belles formes et s’essayait à épouser mon pied. Toutefois je ne pouvais mettre les pieds dans le plat et dévoiler toute ma voûte plantaire. Il y a de ces choses qu’on veut garder pour soi. Et c’est pourquoi ces derniers temps, je marchais à côté de mes pompes. Ce qui a sans doute provoqué mon dérapage, la fameuse chute …


Ce paragraphe, je le trouve trop analytique. Trop froid. Les jeux de mots, les descriptions et tout le reste sont du même niveau que le reste du texte. Mais justement, je trouve que ça manque de passions et de sensualités. Comme si pour le coup, le narrateur s'apercevait que le sujet n'est qu'une paire de chaussures. Le narrateur est ironique avec sa propre description, alors que je pense qu'il aurait mieux été d'exprimer ses sentiments.

Bon sinon, super boulot!
Vivement d'autrres textes du même accabit.
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Enitu
Les déménageurs de l'extrême


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MessagePosté le: Lun 1 Juil - 16:23 (2013)    Sujet du message: [Nouvelle] Deux paires pour le prix d'une Répondre en citant

Cel a écrit:
Comme si pour le coup, le narrateur s'apercevait que le sujet n'est qu'une paire de chaussures. Le narrateur est ironique avec sa propre description, alors que je pense qu'il aurait mieux été d'exprimer ses sentiments.
Je trouve aussi. C'est un passage à la relecture qui m'avait posé problème car je mettais explicitement le mot chaussure, ce qui cassait tout. Et je n'ai pas réussi à garder la subtilité tout en collant à la suite.
Pour le passage analytique, je n'y avais pas pensé sur le coup. Je trouve maintenant que le "mariage" est dans sa description un peu précipité et qu'il n'y a pas vraiment de pause. Quelque part ça colle à ce que le protagoniste à lui-même vécu, mais peut-être qu'une phrase ou deux calmant le jeu aurait été les bienvenue.


Argo' a écrit:
Donc pour moi, il parle vite et c'est à son image que j'ai voulu lire cela, pour m'identifier à lui et son amour des "chaussures"
En seconde partie il parle un peu moins vite. Ça doit se ressentir. Il est plus dans les souvenirs ...


Citation:
Une histoire absurde, dans le genre absurde.
25 - 10 = ?



Merci de vos commentaires.
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Dark Knight



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MessagePosté le: Jeu 4 Juil - 19:25 (2013)    Sujet du message: [Nouvelle] Deux paires pour le prix d'une Répondre en citant

J'ai grandement aimé ta nouvelle Enitu !
Tu as le don pour poser une histoire tranquillement, mais qui nous happent à une de ces vitesse ! Franchement, j'ai adoré !
Et puis, ton sujet d'écriture est juste super, déroutant, bref j'adore ! (tout comme j'avais adoré ton histoire avec le pont et le meutre à la fin, j'y pense souvent à cette histoire ^^)
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 20:18 (2017)    Sujet du message: [Nouvelle] Deux paires pour le prix d'une

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