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Le Sample

 
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Argo'
Le chat noir


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MessagePosté le: Ven 28 Mar - 19:40 (2014)    Sujet du message: Le Sample Répondre en citant

Le Sample.

Je sample,
tu samples,
il sample,
nous samplons,
vous samplez,
ils samplent.




° Koikecé:

Le sample, littéralement est un échantillon dans la langue de shakespear. Dans la musique, cet échantillon devient: une note, une succession de notes, un rythme, un beat, une voix, un fragment de discours… Tout son, quelqu'un soit, de quelque nature qu'il soit peu devenir un sample.

Ce sample va être réutilisé dans une nouvelle composition musicale et sera souvent joué en boucle, devenant ainsi le leitmotiv de la chanson. Un (des) sample est plus souvent utilisé chez des artistes "electro" qu'ailleurs car le fait de mixer, remixer ouvre un champ des possible relativement vaste


° Dans la pratik:

À l'heure ou peu de choses sont créées, beaucoup recyclées. Le sample est un moyen de se créer une trame sonore sans gros efforts. Mais ce n'est pas parce qu'un sample est utilisé que c'est mauvais au contraire: « Un collage, un bon collage, est quelque chose de nouveau, même si ses éléments ne le sont pas. » Alvin Toffler .
De très grands morceaux qui soulèvent les foules sont composés de sample et vous n'en avez peut-être pas idée.

Voici un petit paquet de musique qui sont excellentes et qui ont marquées leurs temps avec à côté un sample présent (sachant qu'il peut y en avoir pleins pleins pleins):

Wax Tailor - No pity


Jackie Wilson - No pity (in the nacked city)



Wax Tailor - Seize the day


Galt MacDermot - And he will not come again (morceau qui set aussi réutilisé dans sa reprise de Que Sera de Doris Day)
[merdia]http://www.youtube.com/watch?v=LATtMtT8ykY[/media]


________________________

Nujabes - Feather


Yusef Lateef - Love theme from The Robe (sample à 2:05)


couplé avec:

Power of zeus - The sorcerer of Isis (sample à 0:06)


Et ça vous donne un truc d'anthologie qu'est Feather, morceau phare de Nujabes.

________________________

Daft Punk - Harder, Better, Faster, Stronger


Edwin Birdsong - Cola Bottle Shape



Daft Punk - Contact


The Sherbs - we ride tonight


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Fatboy Slim - Right here, right now


James Gang - Ashes the rain and I (sample à 3:37)

________________________

Chemical Brothers - Galvanize


Najat Aatabou - Hadi Kedba Bayna



Chemical Brothers - Star Guitar


Electronic System - Flight to venus

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Massive Attack - Teardrop


Les McCann - Sometimes I Cry

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Moby - Extreme Ways


Hugo Winterhalter - Everybody's talkin


couplé avec

Melvin Bliss - Synthétic substitution

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° Les dérives:

Le problème avec ce genre d'utilisation, c'est qu'on peut vite tomber dans les abus mais également dans le plagiat. Cette pratique étant très courante, où commence la réutilisation d'un son et ou commence la copie, le plagiat?

Il faut savoir en premier lieu qu'on ne peut pas vraiment parler de plagiat dans la mesure ou un plagier, c'est copier à l'insu de. Alors qu'avec la démocratisation des machines pour bosser, c'est "facile" de sampler. Donc de manière générale un artiste qui sample va payer la personne ayant crée le morceau originel et échange de son utilisation. Mais après, même si un sample est utilisé de façon légale, il y a d'autres points à prendre en compte. Et en faisant des recherches sur le net, on peut trouver un nombre assez impressionnant de procès, procès évité via contributions monétaires sur ce sujet.

Là où ça devient plus dérangeant pour moi, c'est que même si le morceau devient génial comme ceux cité plus haut, on tombe vite dans du recyclage avec des artistes grands publics qui vous sample un peu tout et n'importe quoi à tort et à travers…


Le sample, c'est chouette. ça permet l'ouverture d'un champs des possibles des plus vastes mais il est remplis de pièges et de facilité qu'il faut savoir éviter et que beaucoup, foncent en plein dedans pour faire une musique de qualité moyenne, mais seul la plèbe aime ceux là.

Argo'
Le chat Noir

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MessagePosté le: Ven 28 Mar - 19:40 (2014)    Sujet du message: Publicité

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vista snow
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MessagePosté le: Ven 28 Mar - 22:33 (2014)    Sujet du message: Le Sample Répondre en citant

Haaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa
Comment se dire fan des Daft Punk et ne pas poster sur ce topic dédié à cette pratique, le sample.

J'aime le sample, autant l'idée que les miracles que cette pratique permet. En effet le sample, au dela de la technique en elle même est ce que l'on peut appeler une fontaine de jouvence, donnant un second souffle à des vieux morceaux ayant tendance (parfois) à tomber dans l'oubli. Le sample c'est cette manière aussi de transformer une sonorité, ou du moins de lui donner un autre but "juste" en changeant le background (et/ou le BPM soit la vitesse du son).
Je prends un exemple ==>

Bon les balises marchent pas





C'est là que vient se rajouter les débats, en effet, force est de constater que le son ne subit pas de lourds changements !

Pour moi c'est un faux problème, une musique, au dela du travail technique c'est aussi une réflexion, ou du moins un but, une idée une envie, quand on choisit de sampler, c'est un choix d'une extrême difficulté à faire, quel son choisir ? Quel passage ? Comment donner un coup de polisch au son ? Comment traiter cette sonorité ?
Alors certes, le travail technique n'est peut être pas le plus compliqué qui soit, mais derrière l'apparente facilité de la démarche, se cache une précision d'une très grande justesse.

Le sample c'est donc la mise en pratique du concept même de l'innovation, ou du moins de cette envie d'aller de l'avant. La musique, et l'art en général est lié à l'inspiration, tous les artistes (ou du moins une énorme majorité j'en suis sur) est influencé plus ou moins directement par ce qui nous plait, on est guidé, c'est le principe même de l'éducation artistique, le sample est juste l'acceptation totale de cette influence au point de l'intégré dans ton oeuvre et dans faire quelque chose d'excellent, quand le mélange dépasse la simple addition de ses composants, le principe même de la synergie : 1 + 1 = 3.

C'est pour cela que je suis très énervé de voir les gens qui renient cette pratique et qui l'assimile au plagiat (ce qui est faux objectivement, ouvrez un dictionnaire mayrde !!!). Pour moi, c’est vraiment tomber dans le piège du matériaux, c'est à dire prendre en compte uniquement ce qui nous ai proposé et nous offusqué au lieu de prendre la démarche globale, l'idée complète et ainsi donc, prendre en compte le sens du sample.

Par contre je suis aussi plus critique au niveau du sample, autant j'adore cette pratique quand elle est bien utilisé, autant quand c'est mal fait je suis vraiment indigné, car mal utilisé un sample, c'est en partie salir l'artiste créateur du sample HEIN GUETTA :niktamere: :niktamere: :niktamere:

(Bon Guetta c'est plus une reprise qu'un sample mais ça change rien que je chie sur cette merde)
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Kharma
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MessagePosté le: Sam 29 Mar - 02:53 (2014)    Sujet du message: Le Sample Répondre en citant

Coucou moi c'est Gille de la Tourette, je suis connu pour PUTAIN DE MERDE avoir des ptits problèmes mais je fais aussi des gros articles scientifiques. J'avais fais Instagram et oh comme par hasard j'avais fais les samples de discours politiques. C'est parti :

Citation:
En politique, utiliser la culture pour toucher le plus grand nombre est un procédé de plus en plus commun notamment avec l’avènement des nouvelles technologies et d’une culture globale mainstream. La musique comme tout les autres arts est donc utilisée à des fins politiques pour dénoncer, rassembler ou rendre hommage.
Ce dernier point est intéressant à plus d’un titre puisque la mémoire et la réutilisation sont parmi les nombreux thèmes abordés en musique. Et quel meilleur médium pour ceci que le sampling ? Au-delà de la simple citation ou référence l’utilisation même d’un discours politique est la façon la plus simple d’effectuer une rétrospective concernant un homme, ses idées ou bien même toute l’époque qui le concerne.
Mais derrière la réutilisation qui peut paraître simpliste se cachent des difficultés d’écritures propres à chaque artistes.
Comment une composition musicale actuelle et un message politique daté peuvent-ils s’unir dans le sens et dans la forme ? Un passage de discours politique peut-il devenir artistique ?
Nous commencerons par voir succinctement les liens généraux entre musique et politique ainsi que l’évolution du sample dans la musique. Dans un second temps nous verrons comment à travers sa composition l’artiste peut s’impliquer et orienter un message politique ou au contraire le respecter à la lettre et le sublimer.


I Technicité d’un côté et engagement de l’autre
I.1 Le sampling et son évolution


L’apparition des techniques de sampling survient en même temps que celle des premiers séquenceurs. L’histoire de ces hybrides entre logiciel et appareil est complexe et fournie mais leur émergence se situe dans les années 70 avec tout d’abord les boîtes à rythmes comme le ComputeRhythm en 1972 (qui ne font alors que tenter de reproduire des instruments réels) puis les échantillonneurs numériques dans les années 80 (avec entre autres le DSS-1 en 1986) jusqu’au plate-forme MIDI multi-usage comme l’emblématique MPC d’Akai et ses nombreux modèles alliant séquenceur, échantillonneur et une interface composée de pads.
Si dans un premier temps, le matériel novateur s’avère extrêmement couteux, sa démocratisation le rendra accessible à un plus large panel de professionnels de la musique, loin des circuits expérimentaux.
Les artistes n’hésitent alors plus à s’accaparer cette technique qui les débarrasse des contraintes de temps et de coût de production. C’est désormais tout un catalogue de sons instrumentaux qui est à leur portée mais ce n’est pas tout : des sons de l’environnement ou même des voix peuvent être samplés sur de très courtes séquences. La durée d’un sample n’est pas à proprement parlé réglementée mais il est courant que les extraits soient très courts tout en étant répétés ou assemblés. Cependant nous verrons dans les exemple étudiés que ces extraits peuvent durer plusieurs dizaines de secondes (nous conservons par défaut l'appellation de sample).

Désormais très populaire dans la musique mainstream, le sampling est surtout utilisé dans la musique électronique où les disc-jockey en font autant usage que le mix ou le remix ne serait-ce que pour créer de nouveaux mais la technique a aussi trouvé un essor bien plus retentissant dans le milieu du Hip Hop avec de nombreuses reprises de chansons plus ou moins datées (pour ne citer que, la reprise de Poker Face par Kanye West sur le titre Make Her Say ou encore le rappeur américain Kid Cudi réutilisant une mélodie du groupe Surface) donnant lieu à un nouveau genre d’innovation où l’art de savoir composer passe après celui de recomposer.
Mais le sample trouve une dimension nouvelle dans sa capacité à rendre musical des extraits vocaux complètement dénués de sens artistique comme entre autres les messages politiques.

I.2 Musique engagée, musique révoltée

L’évolution de l’engagement musical suit logiquement l’évolution des régimes politiques à travers le monde. L’un des aspects de l’utilisation de la musique notamment au cours du XXème siècle est celui de la propagande. En effet avec les nombreuses guerres qui ont parcouru le siècle, les exemples de la tournure de cet art en outil utilisé par les pouvoirs en place sont nombreux comme par exemple celui du régime nazie durant la seconde Guerre Mondiale. La musique au-delà de son simple effet de rassemblement du peuple est utilisée également dans les camps de concentration pour sa puissante dimension intrusive.
Gil Pressnitzer écrit d’ailleurs à ce propos : «La musique viole le corps humain. Elle met debout. Les rythmes musicaux fascinent les rythmes corporels. À la rencontre de la musique, l’oreille ne peut se fermer [...] Ouïe et obéissance sont liées». La musique devient donc une arme au sens littéraire avec parfois même une utilisation de celle-ci de manière «rétroactive». Des musiques datant de plusieurs années voir siècles pour les plus grands compositeurs sont associées à des mouvements politiques actuels sans qu’il n’y ai donc eu d’accords préalables ou ne serait-ce que volonté de l’artiste. Ce non-respect de l’oeuvre de base va jusque parfois à sa modification comme en atteste les changements effectués sur les Oratorios d’Haendel où le héros évolue vers une version plus aryenne selon le vouloir du pouvoir nazi en place à l’époque.
C’est tout le travail artistique qui est alors bafoué même si comme nous le verrons dans les prochaines parties, les modifications peuvent avoir lieu dans le sens inverse (un artiste change un message politique).

Autrement que par la propagande c’est pour le simple soutien que peut être utilisé la musique notamment comme ce fut et c’est encore le cas dans les démocraties contemporaines. L’exemple le plus frappant fut la campagne de Barack Obama en 2008 qui, fort de son image jeune et moderne a pu recevoir le soutien de nombreux artistes qu’ils soient photographes, graphistes ou musiciens. Son slogan Yes We Can à la fois universel et idéaliste est aisément repris dans de nombreuses musiques et vidéos comme par exemple avec Will I Am qui composera la chanson It’s a New Day pour porter un message d’espoir à l’image du futur président.

De l’autre côté de la prise de parti en politique des artistes se trouve bien évidemment la dénonciation. Un courant qui connaitra un fort écho surtout dans les styles musicaux de type rap et hip hop. Le message est bien plus fort cette fois-ci et des groupes comme le duo de rap français NTM se sont attachés pendant des années à critiquer les forces de police, la justice (et par voie de fait l’injustice) et plus globalement le pouvoir en place.
Leur utilisation massive des samples les amène à utiliser les messages politiques de deux manières dans leur constatation. Soit en pointant du doigt directement ce qui est l’objet de leur mécontentement comme par exemple avec le groupe de rap français Sexion d’assaut qui reprennent en introduction de leur morceau Enième Tentative une intervention du leader à l’époque du Front National, Jean-Marie le Pen, soit en utilisant justement des propos qui vont dans le sens de leur réflexion comme avec NTM sur le morceau Le Pouvoir en samplant un cours passage d’un discours d’André Malraux.
Mais le simple fait de vouloir contester ou approuver des personnalités ou des messages politiques n’amène qu’à une utilisation simpliste du sample, délivré comme un «bonus» dans les chansons sans véritable recherche musicale (à peine un effet d'écho est-il utilisé sur la fin du passage de Jean-Marie Le Pen dans Enième tentative pour ajouter un effet dramatique et hors de la réalité). Mais il faut bien comprendre que la musique quand elle se doit de réagir à une actualité brulante ne s’attarde pas sur ces considérations comme le fait n’importe quel autre média et il s’agit surtout de délivrer un message brut, où le fond passe avant la forme.
Pourtant, un autre aspect de la relation musique et politique permet d’avoir une plus grande recherche musicale et une meilleure alliance du fond et de la forme : la rétrospective avec à long terme l’hommage.


II A chacun sa vision du passé
II.1 Le travail sur la voix

En samplant des discours d’hommes politiques décédés ou qui sont passés à la postérité pour leur engagement et leur impact dans la vie politique et même la société en général l’artiste effectue alors un travail radicalement différent de la simple prise de parti contre ou pour une idée ou une personnalité. Mais surtout, il peut dès lors privilégier la forme au même titre que le fond. Le fond étant le message samplé, une vision des choses datée mais qui peut toujours être d’actualité, un contexte, une époque et une personnalité déterminés, connus et reconnus. La forme quand à elle est bien évidemment la composition de l’artiste et les modifications effectuées (ou non) sur le message.
Ce dernier point constitue le travail essentiel de l’artiste car le discours à l’origine écrit dans le souhait d’être compris et approuvé par le plus grand nombre n’a rien d’artistique (si ce n’est peut être un lointain rapport à la poésie parlée). Le musicien qui reprend donc un tel discours, s’incombe la lourde tâche de transformer les paroles en un élément musical.
Le sample a cela d’extra-ordinaire qu’il transforme ce qui a déjà été crée et change fondamentalement l’entité du matériau d’origine. Un message vocal devient alors un véritable instrument, prêt à être accordé, joué et réarrangé. Mais les changements de celui-ci ont des limites et le plus souvent c’est la musique qui doit s’adapter au sample.
L’aspect sonore de la voix est l’un des paramètres les plus rarement changés car c’est dans le grain et la tonalité de celle-ci que se trouve l’authenticité véritable du discours. La voix prouve que c’est un individu et personne d’autre qui n’énonce le message. On retrouve aussi dans la qualité de l’enregistrement l’âge de ce dernier (le grain augmente avec l’ancienneté) et l’ambiance l’accompagnant (applaudissement, écho, voix diverses).

De rares artistes se sont essayés au changement de la voix comme notamment Paul Panhuysen and The Galvanos pour le morceau Stalin où via le changement des fréquences, un discours du Petit Père des Peuples est rendue complètement inaudible. Le fond est détruit pour ne garder qu’une exploitation des intonations, du rythme et de l’enveloppe sonore dans une moindre mesure (les attaques sont le plus remarquable).
On peut véritablement parler de respect du matériau d’origine même dans ce cas particulier puisque c’est au-delà des mots et de leur signification c’est la musicalité inconsciente de la voix qui est gardée. Les talents d’orateurs sont sublimés sans qu’aucune idée ou sens ne s’en dégagent. Fait remarquable, la voix (ainsi que des moments d’applaudissement qui l’entrecoupent) est l’unique instrument de cette oeuvre d’art et c’est par la manipulation des fréquences que les intonations apparaissent alors comme autant de notes jouées par un instrument hybride et insaisissable.




Dans le cadre de musiques moins expérimentales la sauvegarde des paroles est cruciale puisque c’est sur elle que la musique va se fonder. Il existe des exemples saisissants comme récemment la chanson Yes We Can de Will.I.Am où lui et de nombreux artistes chantent par dessus le discours de Barak Obama. Plus contemporain que notre sujet d’étude que sont les musiques rétrospectives, la chanson n’en restent pas moins révélatrice quand au fait que le discours d’un homme peut aussi vite passer à la postérité et devenir un matériel de travail qu’on ne peut modifier, si ce n’est tout juste en chantant par dessus. Comme une simple mélodie de guitare, l’artiste peut apposer d’autres instruments ou sa voix par dessus la sample. Dans le cas de l’hommage ou du soutien, il s’agit de garder le texte le plus compréhensible et de le valoriser musicalement. Ainsi sur Yes We Can les artistes chantent les paroles comme pour apporter une valeur ajoutée à un texte certes plein d’espoir mais peu artistique.

II.2 L’importance des paroles

Quand la voix est laissée telle quelle s’opère donc pour l’artiste un travail sur le montage des paroles. Car bien souvent le discours n’est jamais pris dans son entièreté principalement à cause de la durée (de quelques minutes pour les interventions télévisées à plusieurs heures dans les hémicycles) mais aussi -et ceci est bien plus intéressant- en fonction du message que veux faire passer l’artiste. Car bien souvent certaines phrases sont sortis de leur contextes, sont popularisées sans même que l’on ne connaisse forcément la suite et deviennent des citations emblématiques. Très vite ces dernières peuvent être reprisent dans n’importe quel contexte comme par exemple avec Cult Of Personality du groupe new-yorkais Living Colour qui reprend 3 citations : la première de Malcolm X, la seconde de John Kennedy et la troisième de Franklin Roosevelt. Le morceau qui évoque aussi Mussolini, Gandhi ou encore Staline s’amuse à semer le trouble et mélanger les grands hommes politiques avec des dictateurs. Et pour mieux ce faire, Living Colour reprend donc des phrases de grandes figures politiques mais qui rassemblées forment un discours sur la manipulation.

Le sampling en plus d'interagir avec une musique actuelle peut donc rentrer en dialogue avec d’autres sampling et connecter véritablement les époques (allant ici de 1933 à 1963) rendant l’oeuvre intemporelle. Mais il est surtout question alors d’un message qui peut changer du tout au tout.

Un seul discours à lui tout seul peut être reformaté suivant les coupes qu’il subit et l’ambiance installée. C’est le cas pour le discours du président Ronald Reagan suite à l’explosion de la navette Challenger le 28 Janvier 1986 qui tua les 7 membres à son bord. Le discours d’origine fait figure de condoléance, fait le point sur la conquête spatiale américaine après ce drame très médiatisé et délivre une note d’espoir malgré tout. C’est ce dernier aspect que décide de retenir Adam Young, le leader du groupe américain Owl City pour la chanson January 28, 1986. Très croyant il décide de reprendre les paroles de Reagan dans le bureau ovale faisant le plus appel à la foi, la spiritualité et le courage des 7 passagers. S’ouvre alors un regard nouveau sur l’allocution télévisée de l’ancien président, bien loin d’un message triste et endeuillé nous avons à faire à un texte positif et très spirituel («They waved goodbye and slipped the Surly bonds of earth to touch the face of God»).
De plus, le groupe utilise la mélodie d’un précédent projet d’Adam Young (Helmet produit sous le nom de Port Blue) montée en backward -littéralement inversée- pour produire à la fois un sentiment de rappel au souvenir d’un événement passé (évocation explicite) et une sensation de décontraction du morceau, un accident à la manière de celui de la navette (évocation implicite).

Le sample reste malgré tout au centre de l’oeuvre puisqu’il est joué durant les 30 secondes de cette courte chanson et ne s’efface que pour laisser place via un fondu sonore à la piste suivante intitulée -ironie du sort- Galaxies. La voix, complètement inchangée jusque dans son grain est soutenue par une musique aux tons légers pour renforcer l’ambiance voulue par Owl City.


II.3 L’apport de la musique

Cette étude arriverait presque à nous faire penser que le sample entraine une modification quasi obligatoire du matériau d’origine que ce soit dans son enveloppe sonore ou sa symbolique la plus profonde et qu’il ne peut subsister un respect profond du discours d’origine en collant au plus près à son enveloppe charnelle. Mais toute les musiques utilisant des samples ne refaçonnent pas obligatoirement ces derniers. C’est le cas notamment de 17 Septembre du groupe français DaYTona qui reprend un court extrait du discours fleuve de 2 heures de Robert Badinter à l’Assemblée Nationale le 17 Septembre 1981 pour l’abolition de la peine de mort qui sera voter le lendemain. C’est un homme passionné et tout à la fois révolté qui décrit sa révulsion pour une pratique qu’il juge dépassé et honteuse et le groupe DaYTona a été chargé pour les 30 ans de l’abolition de la peine capitale de composer une musique rendant hommage à la fois à Robert Badinter et à son combat politique. Le bref passage samplé n’intervient pas tout le long des 4 minutes de musique mais seulement à deux reprises pour mieux marquer les effets de pause et les crescendos. Car comme la chanson d’Owl City restait sereine à la manière de la voix de Ronald Reagan ici la mélodie rock contient la même vigueur que Robert Badinter 30 ans plus tôt. La seule modification apportée au discours est la coupe faîte entre les phrases pour apporter une profondeur encore plus profonde au texte et laisser chaque phrase s’apprécier.

La musique quant à elle joue un rôle déterminant dans cette oeuvre puisque au lieu de prendre le parti pris d’avoir une mélodie enjouée pour célébrer une abolition elle va au contraire puisé dans des ambiances sombres avec un rythme lourd collant alors au discours qui à l’époque se veut grave sur un thème encore sujet à polémique et d’ampleur nationale.
Sans pour autant faire correspondre chaque note aux intonations d’un homme politique nous avons donc la preuve qu’une musique peut ne jamais s’écarter du sample et s’accorder à la perfection avec celui-ci.



Conclusion

Composer une chanson autour d’un sample n’est donc pas chose aisée. La tâche se révélant d’autant plus compliquée lorsque la reprise est celle d’un discours politique daté, populaire et qui souvent a marqué l’Histoire. Il ne s’agit pas là d’un nouvel instrument, pouvant être manipulée à la guise de l’artiste, loin des questions de droits et de propriété intellectuelle, car c’est des problématiques de position et de compréhension qui surviennent alors.
Ces paroles ont un poids, une orientation politique et ne sont pas anodines. La manière dont elles sont modifiées peut donc totalement les biaiser volontairement ou non. Il s’agit pourtant de rendre artistique un simple texte lu et d’apporter une valeur ajoutée qui justifie l'intérêt de composer un morceau autour de lui. Les intonations et le grain de la voix constituent une matière première pour la suite de la composition qui peut se caler sur ces paramètres mais le rôle de l’artiste est aussi d’innover et d’apposer un regard nouveau. Ainsi existera-t-il une dualité toujours présente dans la manipulation du sample entre le respect du matériau de base et la volonté propre des artistes. C’est à l’unique condition d’avoir pu régler ce conflit qu’alors le sampling peut prendre une toute nouvelle dimension, connecter les époques entre elles, les interroger et finalement les accorder.


Pour aller plus loin :




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